mardi 31 janvier 2012

Adieu Chaussette

"Il faut bien reconnaître que comme compagnon de jeu il est assez nul. Nul en foot, nul à la bagarre, et il n'a jamais bien compris la différence entre les cow-boys et les Indiens. Surtout, je ne peux pas continuer à avoir un lapin comme meilleur copain : je ne suis plus un bébé."

Chaussette, c'est un lapin buffle, dont les oreilles sont si grandes qu'il n'arrive pas à les faire tenir droites. Mais ce n'est pas son seul défaut : il est mou, et ne comprend rien aux jeux amusants. Et puis, son jeune propriétaire n'a plus l'âge de jouer avec lui. C'est pour cette raison qu'il décide jour de l'abandonner en forêt...


Quel bel album ! Chaussette est vraiment adorable, avec sa bouille impassible et ses deux dents de devant qui lui donnent certes un air un peu benêt, mais le rendent aussi totalement irrésistible ! On a envie de le serrer dans ses bras, de lui faire des câlins, de le rassurer, et surtout, surtout, on n'a pas envie que le petit garçon l'abandonne... L'auteur en profite pour dessiner de superbes paysages forestiers que le grand format met particulièrement en valeur. J'ai trouvé que le texte était juste et bien vu, et que le lecteur ne pouvait s'empêcher de sentir son petit coeur se serrer au fur et à mesure de l'avancée du récit... Humour et émotion se cognent l'un contre l'autre dans cet album original, qui séduira petits et grands.


@ lire : l'avis de Bauchette, Marie.


Par Benjamin Chaud, chez Hélium, 14,90 €.

vendredi 20 janvier 2012

Toc toc toc

Toc toc toc


Dans cet album, pas de texte, juste ce titre : toc toc toc... Juste de quoi donner envie d'entrer dans le livre, et d'ouvrir toutes les portes qu'il contient. La porte du dressing, celle du cagibi, celle du frigo, celle du placard de la cuisine ou celle du jardin... Le lecteur sera curieux de découvrir ce qui se cache derrière chaque porte !


Un album tout simple, dont l'absence de texte est une invitation à l'expression de l'enfant, qui ne manquera pas d'énumérer tous les objets qui se cachent derrière les portes. L'effet de surprise aussi devrait les ravir, puisqu'on ouvre physiquement les portes, sans savoir vraiment ce qu'on va trouver derrière. Enfin, l'auteure propose aussi un aspect onirique, avec cette dernière porte qui s'ouvre sur le jardin, mais qui pourrait, avec un peu d'imagination, tout aussi bien ouvrir sur l'espace des rêves...


@ lire : l'avis de So.


Par Anne Herbauts, chez Casterman, 14,50 €.

jeudi 19 janvier 2012

Le Tropique du Kangourou

"Quand on rencontrait Zacharie, on remarquait tout de suite ses yeux vairons. Il avait un oeil bleu et l'autre vert ; bleu comme la mer des Caraïbes, et vert comme l'herbe sur les dunes."

Zacharie adore la mer. L'océan, les embruns, les îles secrètes, les pirates, les odeurs de cannelle, de rhum et de sucre, les histoires de naufrages et de tempêtes,... Tout ceci fascine le jeune garçon et rien ne pourra l'empêcher d'en rêver toutes les nuits ! Un jour, Angus, son grand-père, lui propose de faire une virée nocturne à bord de son magnifique voilier : le Tropique du Kangourou. Angus lui promet qu'au bout du voyage, il pourra voir des baleines. Mais Zach ne se doute pas que ce qu'il verra dépassera l'imagination...

Ce roman est magnifique. Il est empli d'odeurs, de bruits, de sensations qui m'ont donné l'impression de lire sur un bateau, non loin de sublimes plages blondes... C'est bigrement bien écrit, chaque phrase se savoure comme une friandise, et pour peu qu'on aime l'univers marin - et c'est mon cas -, on ne peut que se laisser embarquer dans cette histoire hors du commun, qui navigue doucement et subtilement vers le fantastique... Ce livre fait rêver, c'est certain, mais il propose aussi un détour vers l'écologie et la protection des baleines, d'une façon originale et inhabituelle. Et puis c'est aussi une délicieuse tranche de vie, pleine d'émotion : on assiste à l'attendrissante complicité entre un grand-père et son petit-fils, et à une sorte de passation d'armes entre deux générations, au crépuscule de la longue et riche vie d'Angus... J'ai vraiment beaucoup aimé, alors que la couverture - peu engageante à mon goût - me faisait traîner les pattes pour le lire. Alors si vous aimez la mer, les histoires de pirates, que vous rêvez de trésors enfouis au fin fond des Caraïbes, ce livre est fait pour vous...il ne reste plus qu'à passer à l'abordage et embarquer à bord du Tropique du Kangourou pour une aventure magique et unique !

Par Aurélien Loncke, chez L'école des loisirs, collection Médium, 8,50 €.

mercredi 18 janvier 2012

Toute seule loin de Samarcande

"Mon regard embué de larmes s'est heurté à la lune qui brillait faiblement d'un sourire moqueur. Elle me narguait de toute sa hauteur : elle me renvoyait l'image d'une toute petite personne perdue au milieu de nulle part."

Jetée d'une voiture en pleine nuit. Abandonnée sur une place publique dans un village européen. Voilà la situation dans laquelle se trouve Regina. En attendant que le jour se lève, elle se remémore les grands épisodes de sa vie. Regina a grandi en Ouzbékistan. Elle mène une enfance plutôt heureuse, entre les histoires racontées par son grand-père et les bons moments passés avec Layla, sa meilleure amie. Mais le jour où l'URSS éclate, tout va commencer à changer. Les Ouzbeks prennent le pouvoir, et une forme de nationalisme gronde. Pour sa famille, qui est d'origine arménienne et parle russe, la situation devient difficile : tous les jours, ceux qui ne sont pas ouzbeks subissent brimades et injustices publiques. Regina est devenue une adolescente qui ne voit que de loin ces changements : pour elle, l'important est de s'amuser avec Layla, et de trouver comment avouer son amour à Roustam. Mais un évènement tragique va tout changer. Pour toujours.


J'ai bien aimé la construction de ce roman : Regina est donc abandonnée sur une place publique dans une ville étrangère, elle est seule et désemparée ; alors, des images lui reviennent, des images qui la ramènent vers des souvenirs de son enfance et de son adolescence. Le récit alterne donc entre le présent et le passé, et le fil de l'histoire se déroule peu à peu, jusqu'à ce qu'on comprenne pourquoi Regina se retrouve là où elle est... L'histoire est dure, et permet de se plonger dans un pan de l'Histoire plutôt méconnu pour des Français comme nous, qui n'étudions pas précisément l'histoire des ex-pays soviétiques à l'école. On apprend donc qu'après l'éclatement de l'URSS, certains pays ont été victimes d'un nationalisme galopant, traitant avec cruauté les personnes d'origine étrangère. Mais ce roman est aussi l'histoire poignante d'une famille écrasée par des malheurs successifs, histoire dans laquelle Regina va jouer - ou pense avoir joué - un rôle tragique. C'est émouvant, et ça fait prendre conscience de tout le lourd passé que peut avoir vécu un réfugié. Les Remerciements de l'auteure à la fin de l'ouvrage donnent des scénarios possibles pour imaginer ce que les réfugiés "deviennent" une fois qu'ils sont adultes. Des pistes de réflexion à saisir, pour garder l'espoir et ne pas oublier.


@ lire : l'avis de Cathulu, Sophie-Fantasia, Tiphanya.


Par Béa Deru-Renard, chez L'école des loisirs, collection Médium, 9 €.

mardi 17 janvier 2012

L'année du rat

"Cette année tu vas mourir.
L'annonce le surprit par sa brutalité. Puis elle perdit sa capacité de nuisance ; comme un refrain trop fredonné sa signification, une chanson d'amour écoutée jusqu'à en épuiser le désespoir."

Le Nouvel An chinois l'annonce : cette année sera l'année du rat. Pour Chim', lieutenant à la Brigade de Recherche et Traque (BRT), cette année est aussi celle d'une prédiction funeste : celle de sa mort prochaine, annoncée par une vieille voyante chinoise. Mais cette année commence finalement avec la mort d'autres êtres : celle de son rat domestique, également prédite par la Chinoise, mais surtout celle d'un fermier et de sa famille, sauvagement massacrés dans leur propriété en Normandie. Chim', traqueur d'élite à l'instinct remarquable, va alors se lancer dans une enquête pleine de surprises, qui va le mener vers des révélations terrifiantes et menaçantes...


Ce roman, j'ai d'abord choisi de le lire car son titre évoquait des tas de souvenirs : en effet, mon amie Léa a elle-même "subi" bon nombre d'événements peu réjouissants lors de la dernière année du rat, qui a eu lieu en 2008... Lire ce livre est donc un clin d'oeil malicieux à ma copine que j'ai fini par surnommer "mon vieux rat"... J'espère que ma critique va lui donner envie de se plonger elle-aussi dans cette lecture ! Et, clin d'oeil ultime, présenter L'année du rat sur un blog qui s'appelle Sur les traces du chat, ça me semblait particulièrement spirituel... ;-)
BREF. Ce roman se passe en fait dans une année du rat qui aura lieu dans un futur proche - même si l'année exacte n'est jamais précisée. Dans ce futur, donc, Paris est devenue la Mégapole, une ville asphyxiée par la pollution, dans laquelle les personnes les plus faibles doivent transporter des bouteilles d'oxygène dans leur dos pour respirer convenablement... Dans ce futur, les gens, du moins les rares qui en ont les moyens, paient une fortune pour acheter un produit miracle retardant de façon spectaculaire les effets du vieillissement. Cette vision cauchemardesque du futur fait froid dans le dos, mais pas autant que ce que dévoile l'enquête du lieutenant Chim'... J'ai beaucoup aimé le mélange de policier et de science-fiction : on a vraiment envie de savoir ce qui va se passer, on frissonne, et on est à la fois fasciné et horrifié par la tournure des événements. J'ai trouvé que la deuxième partie du roman était plus réussie, il me fallait peut-être le temps de m'imprégner comme il le faut des personnages et de l'univers particulier du roman. Les thèmes abordés par le roman ne manqueront pas de trouver une certaine résonance dans l'évolution actuelle de la science, des technologies et de l'environnement...ce qui n'est pas pour nous rassurer ! En tout cas, j'ai littéralement dévoré la dernière partie du roman, avide que j'étais de connaître la vérité, que je commençais à deviner, sans oser y croire... J'ai donc passé un bon moment de lecture, et ce roman d'anticipation tient toutes ses promesses : une enquête, du thriller, et, pour de vrai, un tas de rats !


Par Régis Descott, chez JC Lattès, 20 €.

lundi 16 janvier 2012

Tout pour créer des POP UP

"Tu trouveras aussi les Cours du Maître qui t'expliqueront comment fabriquer des cartes simples en employant les techniques du pop-up."

Ce livre a deux fonctions : c'est à la fois un livre-jeu qui fournit le nécessaire pour assembler soi-même quatre pop-ups - un dragon, un château-fort, un laboratoire de Frankenstein et une forêt vierge - et un livre contenant tous les éléments de théorie et de méthode pour concevoir et créer soi-même des cartes pop-up, en laissant cette fois libre cours à son imagination !


J'ai été très contente de recevoir ce livre dans le cadre de l'opération Masse critique de Babélio, car les mécanismes des pop-up m'ont toujours fascinée, depuis que je suis toute petite - mon premier contact avec le genre étant le très réussi La maison hantée de Jan Pienkowski. Et ce livre est intéressant parce qu'il permet de construire des pop-up avec nos petites mains musclées, et donc de manipuler les éléments, de se familiariser avec les collages et les pliages. J'ai trouvé très pratique que les pièces à assembler soient déjà prédécoupées (gain de temps appréciable, et c'est plus facile pour les enfants), et surtout, surtout, qu'elles soient "pré-collées", à l'aide d'autocollants dont il suffit de retirer la protection en plastique avant de les coller à l'endroit adéquat...et ça, c'est vraiment chouette, car du coup, on n'a pas besoin d'attendre longtemps que la colle sèche, et on évite de mettre de la colle partout - sur les doigts, sur les pages, sur la table,.. Un détail qui m'a permis d'avancer très vite - je dirais environ un quart d'heure à vingt minutes par pop-up - et d'arriver à des résultats très corrects. C'est très important, car du coup les enfants seront contents d'obtenir un résultat qui fonctionne et qui soit propre, un résultat dont on peut être fier ! ;-) Grâce aux indications très précises - où coller telle pièce, à l'aide de numéros - tout se replie comme par magie lorsqu'on referme les pages, et j'étais toute contente de voir que ça marchait ! J'ai juste eu un petit souci avec le drapeau du château-fort qui n'a pas voulu rentrer dans la page comme il l'aurait dû, et qui du coup n'apparaît plus...mais ce n'est pas bien grave, je m'en remettrai. DONC tout ceci permet de manipuler, de se rassurer, et de comprendre comment tous ces assemblages fonctionnent. L'autre bonne idée, c'est de proposer également des explications détaillées sur la construction des formes de base nécessaires à la création d'un pop-up...et ce dans le but d'inciter les lecteurs et utilisateurs du livre à créer soi-même des pop-up - et donc ne plus se contenter d'assembler et coller des pièces prédécoupées. Et franchement, ça m'a donné envie, car certains mécanismes sont archi simples, et ça m'a donné des idées pour créer des cartes rigolotes à l'effigie de mes amis...hi hi ! A tenter dès que j'aurai un peu de temps pour délirer un peu... Autre point qui m'a plu : le fait que les constructions proposées évoluent en termes de difficulté au fur et à mesure qu'on tourne les pages, et qu'elles proposent tous les mécanismes de base : le triangle et la boîte (qu'ils soient réguliers ou asymétriques), le bruiteur, la spirale, l'élastique,... On a donc un vrai kit de débutant qui permet de s'amuser rapidement, et d'aller plus loin si on en a envie. L'esthétique de la couverture n'est pas forcément attractive à mon goût, mais le contenu est efficace, et ce livre est une vraie bonne idée. Alors mettons-nous tous au pop-up !


Je remercie chaleureusement Babelio et les éditions Flammarion pour l'envoi de ce livre dans le cadre de l'opération Masse critique de Babelio.


Par Ruth Wickings & Frances Castle, chez le Père Castor, 22 €.

vendredi 13 janvier 2012

Arrête de mourir

"Ton regard s'est mis à changer.
Par moments exalté, comme excité par une fièvre qui te brûle de l'intérieur et rend tes yeux trop brillants.
Par moments éteint, absent.
Comme un regard de cendres, qui ne se pose plus sur rien."

Samuel a dix-sept ans. Il est amoureux, d'une fille cool qui s'appelle Pauline, avec qui il aimerait bien passer aux choses sérieuses. Sauf que. Sauf que chez lui, il y a sa mère. De plus en plus souvent. Alors qu'elle devrait être au travail. Et sa mère, il ne la reconnaît plus. En plus de parsemer la maison de post-it de plus en plus nombreux, elle a un comportement lunatique, parfois même agressif. Voilà : elle a la maladie d'Alzheimer. Samuel est perdu, en colère aussi : il faut que sa mère arrête. Qu'elle arrête de mourir.


Brouf. La maladie d'Alzheimer est un thème très dur, très difficile à traiter aussi, mais l'auteure s'en sort avec les honneurs. Ainsi, tout est raconté d'après le point de vue de Samuel, donc de son point de vue d'ado, de jeune adulte même, qui doit abandonner son insouciance de lycéen pour se confronter à la maladie de sa mère. C'est dur, oui, c'est forcément dur, et on ne peut que souffrir de cette situation insupportable et de cette rage qui ronge Samuel. Mais c'est aussi poignant, surtout vers la fin, quand Samuel refoule sa colère pour exprimer tout son amour pour sa mère, et qu'il se racroche à cette chanson tant entendue dans son enfance, cette chanson qui le relie à elle, et qui prend, cruellement, tout son sens à présent...
"Maman est folle
Quand elle s'envole on lui tient la main
Comme un ballon frivole
Au gré du vent qui vient..."


@ lire : l'avis de LiyahSophie-Fantasia.


Par Irène Cohen-Janca, chez Actes Sud junior, collection D'une seule voix, 7,80 €.

jeudi 12 janvier 2012

Le goût de la tomate

"Ce que je veux dire, c’est que l’important n’est pas la grosseur qu’elles auront, ce qui compte c’est que ces tomates auront le goût de la liberté, fiston."

Voici un monde dans lequel les gens n'ont pas le droit d'avoir de jardin, ni même de cultiver des plantes dans un pot. C'est l'Etat qui contrôle tout, et qui punit ceux qui n'obéiraient pas à la loi. C'est ce qui est arrivé à la mère de Clovis, qui a disparu après un contrôle de police. Un jour, Clovis et son père Marius décident de braver l'interdit : ils vont cultiver clandestinement un plant de tomates dans un pot, à l'intérieur de leur maison. L'enjeu est de taille : Marius a promis à son fils que ces tomates auraient le goût de la liberté, et que lorsque la première tomate serait mûre, sa mère reviendrait...

Comme toujours dans la collection Petite poche, ce roman est très court, très condensé (du concentré de tomates ? Hi hi !). Mine de rien, il dénonce le contrôle abusif de l'Etat qui dirige ce monde du futur, et aussi il s'engage sur le terrain de la défense de la biodiversité. Des questions d'actualité, ou à envisager dans un futur (très) proche ? En tout cas, voilà qui devrait susciter questions et réflexions chez les lecteurs...accompagnés par un adulte, car la subtilité du texte me paraît difficile à saisir pour un enfant, surtout en ce qui concerne les notions de "goût de la liberté", et tout ce qui tourne autour de la mère disparue, avec à ce sujet une fin ambigüe qui devrait déstabiliser les plus jeunes...

@ lire : l'avis de Sophie-Fantasia.

Par Christophe Léon, chez Thierry Magnier, collection Petite poche, 5 €.

mercredi 11 janvier 2012

L'Innocent de Palerme

"Le propriétaire de l'entrepôt nous payait le pizzo régulièrement, et toi, tu lui piques sa marchandise ! Tu n'es qu'un crétin. Je ne peux plus te protéger."

A Palerme, Santino, six ans, vit pauvrement avec ses parents et ses grands-parents. Petit à petit, il comprend que pour faire subsister la famille, son père s'adonne à des activités peu légales... Lucio, lui, vit à Livourne. Il a onze ans, et c'est l'homme de la famille, qui ne compte que sa mère, superstitieuse et aux jambes énormes, et sa petite soeur casse-pieds. Une famille qui semble aussi cacher un secret douloureux. Le silence, la vérité, la famille : voilà les mots-clés de cette histoire qui plonge le lecteur dans l'univers de la Mafia.


L'auteure le précise dans sa préface : les personnages sont fictifs, mais l'histoire est bel et bien inspirée de faits réels. Et cela fait froid dans le dos. Petite, déjà, la Mafia et les horreurs qu'elle cause m'ont toujours horrifiée. C'est surtout la loi du silence qui m'impressionne, et que je trouve cruelle : donner un faux choix entre payer le pizzo contre une soi-disant protection, ou se révolter et courir le risque de se faire tuer, en emportant sa famille dans la mort...et, de surcroît, interdire à quiconque d'en parler, sous la menace de subir le même sort ! Voilà donc un sujet qui m'intéressait beaucoup. Et, cerise sur le gâteau, il est finement traité. Le récit alterne un chapitre sur deux entre nos deux personnages principaux - Santino et Lucio - et on devine qu'à un moment ou à un autre, leurs destins vont se télescoper. Oui, mais le tout est de savoir comment ! L'auteure surprend le lecteur plutôt habilement, et réussit à nous raconter une histoire à la fois pleine d'horreur, mais aussi d'humanité et d'émotion. J'ai particulièrement apprécié que l'auteure réussisse à insuffler de l'espoir aux lecteurs, mais sans non plus les bercer d'illusions : la lutte contre la Mafia est possible, mais elle est longue, et surtout, elle a un prix, qui est parfois celui de la vie... Par ailleurs, j'ai trouvé que le sentiment de peur était admirablement bien rendu, et d'ailleurs ça m'a fait mal à de nombreuses reprises, tant je souffrais à la place du personnage... Un roman au message fort, qui éclaire sur un pan parfois méconnu du banditisme, et qui ne manquera pas de faire réfléchir les jeunes. Astucieux, subtil, et finement écrit : j'ai beaucoup aimé.


@ lire : l'avis de Sophie-Fantasia.


Par Silvana Gandolfi, chez Les Grandes Personnes, 16,50 €.

samedi 7 janvier 2012

Tarja

"Au collège*, sans prétention, j'ai une sacrée réputation : ils disent tous que je suis une salope."
* A Genève, le collège est l'équivalent du lycée français.

Parce qu'elle est une fille un peu facile, parce qu'elle recherche l'amour sans le trouver, Tarja se fait traiter de salope. Au lycée, via un graffiti sur la porte des toilettes. Mais aussi sur Facebook, où un groupe de discussion a été créé spécialement à son sujet : "Si toi aussi tu penses que Tarja est une salope". Mais ça, ce n'est pas le plus grave. Non. Le plus grave, c'est que sa meilleure amie Jessica n'est plus là pour la consoler. Et que de nouvelles rumeurs enflent. A propos d'elle et de son prof... Alors, pour échapper aux commérages, pour échapper à l'incompréhension de tous, elle s'invente d'autres vies, d'autres personnages, d'autres histoires...


Tarja est un roman bien écrit, qui aborde plusieurs thèmes graves : les rumeurs et leurs conséquences sur les personnes qui en font l'objet (surtout via les réseaux sociaux), la sexualité des mineurs, la grossesse des mineurs, [attention, spoiler] la drogue, le viol [fin du spoiler],... Cela fait peut-être un peu beaucoup, mais c'est à mon sens l'accumulation de toutes ces choses qui rend le tout crédible, et chaque événément est plus ou moins lié aux autres. C'est une lecture touchante, dure aussi, mais qui m'a parfois lassée, notamment quand Tarja s'invente une autre vie, si bien qu'on ne sait plus vraiment le vrai du faux, et qu'on a vraiment envie que la jeune fille redescende sur terre (même si du coup, l'auteur réussit très bien à nous montrer combien elle a besoin de s'évader de la sorte). Cela reste une belle lecture, un peu atypique, et qui montre combien le poids des mots est important, et combien les préjugés peuvent faire du mal.


@ lire : l'avis de Titoudou-Mirabalia.


Sur le thème des rumeurs qui font mal, @ lire aussi (un vrai coup de coeur) : Treize raisons.


Par Jean-Noël Sciarini, chez La Joie de Lire, collection Encrage, 16 €.

vendredi 6 janvier 2012

La fille sur la rive

"AVIS AUX SATMINIENS
En raison de risques sanitaires,
il est vivement déconseillé
de s'approcher du Fleuve.
Tout contact cutané présente des risques mortels."

Nour a quatorze ans. Elle vit à Satmine, une ville créée pour accueillir les familles des mineurs qui travaillent à la mine de Karka, un précieux minerais qui encore plus de valeur que l'or. A côté de la ville, un fleuve, qu'il est interdit d'approcher, car hautement toxique. Mais Nour n'est pas une jeune fille comme les autres. Elle vit dans son monde, se promène avec un casque de moto sur la tête, et récolte de vieux détritus pour bricoler des boîtes, qu'elle collectionne avec passion dans son grenier. Et elle n'a pas peur du fleuve. Un jour, après des pluies trop abondantes, le fleuve déborde. Et, par hasard, et parce qu'elle est un peu curieuse, Nour va faire une surprenante découverte...


Ce roman est très court, et s'apparente même à une nouvelle. Le texte est parsemé d'extraits d'affiches ou d'articles de journaux qui contiennent des messages officiels de l'autorité, des messages qui puent la propagande. L'ambiance du récit est étouffante, et on est comme hanté par les vapeurs du fleuve, embrumé par cette atmosphère pesante. L'histoire, dont la fin ne nous apprendra pas grand chose, en tout cas pas dans les détails, est surtout un prétexte pour mettre en scène une micro-société où les humains sont instrumentalisés pour le profit, où tout est régi par une autorité toute puissante et débonnaire en apparence, où tout espoir de s'échapper est anéanti ou n'existe pas. C'est inquiétant, et c'est d'autant plus déstabilisant que nous n'avons, en tant que lecteur, que des bribes d'information. Le flou est donc très bien rendu, et l'effet escompté est réussi. Mais même si c'est le but, j'aurais quand même bien aimé en savoir un peu plus, ou que la lecture dure un peu plus longtemps...c'est bien sûr la brièveté du texte qui en fait toute la force, mais on reste un peu sur sa faim, il y a encore beaucoup de questions sans réponses à la fin. En tout cas, l'ambiance est tellement collante et malsaine que je m'en souviendrai certainement longtemps. Une façon originale de parler d'un pouvoir tyrannique et de la manipulation des esprits.


A noter : le changement de format de la collection doAdo, plus grand, et à mon sens plus attrayant et reconnaissable pour les ados. Bonne idée !


@ lire : l'avis de Clarabel et de Sophie-Fantasia.


Par Hélène Vignal, chez Le Rouergue, collection doAdo noir, 8 €.

jeudi 5 janvier 2012

Brise glace

"Je ne vais pas très fort.
Mais ce ne sont pas des mots doux qui se terrent dans ma gorge.
C'est de la glace."

Aurélien est un lycéen discret, invisible aux yeux des autres élèves. Mais un jour, Thibaud, qui est un peu la star du lycée, lui adresse la parole. Mieux : il l'invite à une fête chez lui. Pourquoi cet intérêt soudain ? D'abord méfiant, Aurélien va se laisser peu à peu amadouer par les tentatives de Thibaud pour le faire sortir de sa réserve et de sa solitude. Mais les efforts de son nouvel ami réussiront-ils à faire éclater la croûte glacée qui entoure son terrible secret ?


J'étais peu emballée à l'idée de lire ce roman, n'ayant pas particulièrement été convaincue par Blog, du même auteur. Et bien, j'ai eu tort. Car ce roman est une vraie réussite. Le titre est à interpréter dans tous les sens possibles, et l'auteur file parfaitement bien la métaphore, jusqu'au bout [attention, spoiler ! Surligner pour lire] : la glace qui s'est brisée sous les pas de ses deux amis d'enfance, la glace qu'il faut briser pour se faire des nouveaux amis, et Thibaud, le "brise glace" qui lui est rentré dans le lard pour le faire sortir de son mutisme... [fin du spoiler]. L'écriture est subtile, teintée d'humour, entre deux phrases plus sombres et noires. L'approche de l'auteur est juste, et les réactions des personnages, amis et parents, sont crédibles et bien vues. On présume que l'auteur doit souvent côtoyer les ados pour les connaître si bien (ah, oui, la note en fin du livre précise qu'il est enseignant dans un lycée, CQFD), et le meilleur, c'est qu'en plus il parvient à bien retranscrire sa "connaissance du terrain" avec des mots, ce qui n'est pas une mince affaire. Alors que je lui avais reproché une écriture scolaire dans Blog, je dois dire que j'ai été séduite par son style dans Brise glace. Mieux : j'ai été touchée par son écriture, par ses belles phrases pleines d'images. J'ai aussi beaucoup aimé l'incursion dans le monde du slam, ça m'a donné envie d'en écouter. C'est le genre de roman qui aide à se réconcilier avec la poésie ! Et puis, le secret d'Aurélien est très bien préservé du début à la fin. On sent qu'il y a eu un drame, on devine à moitié ce qu'il a bien pu se passer, mais on frissonne tout de même en lisant le récit des événements... En tout cas, les deux personnages principaux, Aurélien et Thibaud, sonnent vrai, et je suis persuadée que les lecteurs n'auront aucun mal à s'identifier à eux. Je finirai avec quelques vers d'Aurélien :
Voilà.
J'ai toujours rêvé de me fondre dans le décor.
Hier soir, j'ai fondu.
Et c'est le décor qui est entré en moi.
Je ne suis plus un iceberg.
Je suis un glaçon dans un verre.
Je me dilue.
Et c'est en écrivant que je me reconstitue.


@ lire : l'avis de Bauchette, ClaraClarabel, Laure, Saxaoul, Sophie-Fantasia.


Par Jean-Philippe Blondel, chez Actes Sud Junior, collection Romans ados, 10 €.

mercredi 4 janvier 2012

Mon vaisseau te mènera jeudi sur un nuage

« - En tout cas, moi, quand je serai grande c’est sûr que je ne voudrai pas avoir d’enfants. Merci bien !
- Pourquoi ?
- Devine.
- Je sais pas.
- Parce qu’ils tombent malades et après ils meurent. A quoi ça sert ? »


La petite soeur de Romain a un cancer. Alors, pour être plus près d'elle et faire moins de trajets, il emménage avec ses parents en face de l'hôpital, dans une maison conçue pour accueillir les familles d'enfants malades. Il y rencontre Alexia, une fille qui en connaît un rayon sur les maladies. Romain trouve peu à peu ses marques, mais il a l'impression que ses habits et son corps "sentent l'hôpital", maintenant. Et la maladie de sa soeur, avec tous ses tuyaux, ça l'impressionne. Alors il se réfugie dans sa grande passion : l'astronomie et la conquête spatiale...

Mon Vaisseau Te Mènera Jeudi Sur Un Nuage, ce n'est pas seulement une très jolie phrase. C'est aussi - ce que j'ignorais ! - un moyen mnémotechnique pour se rappeler de l'ordre des planètes, de la plus proche à la plus éloignée du soleil : il suffit de prendre la première lettre de chaque mot, et de l'associer à la planète commençant par la même lettre. Voilà le genre de choses tout à fait étonnantes qu'on peut apprendre dans ce court roman, car chaque chapitre commence par la présentation - passionnante ! - d'une planète. D'ailleurs, à chaque fois, Romain case cette phrase amusante : "on n'a pas encore trouvé de véritable explication à ce phénomène. On ne sait pas tout." C'est vrai. On ne sait pas tout. Et c'est ce qui fascine notre jeune narrateur. Mais ce roman n'est pas un simple exposé sur l'espace. L'espace, les planètes, c'est l'endroit où se réfugie Romain pour échapper au stress, à l'inquiétude et aux larmes. Car la maladie de Juju, sa petite soeur, est bien réelle, et elle semble contaminer le moral de ses parents... C'est un roman touchant, difficile à lire, comme toujours pour les romans qui parlent d'enfants malades. Mais l'aspect "astronomie" donne une dimension originale qui nous offre une bouffée d'affection pour Romain, ce petit passionné au grand coeur. Ce roman raconte surtout l'histoire des proches d'un enfant malade qui doivent apprendre à gérer leur tristesse et leur peur de la mort : en se réfugiant dans une passion, comme Romain, ou en se concentrant sur les détails médicaux, comme Alexia. Une façon pour le lecteur de se confronter à la réalité, tout en gardant un pied dans les étoiles...

@ lire : l'avis de Sophie-Fantasia.

Par Marcus Malte, chez Syros, collection 10 ans et +, 5,95 €.

mardi 3 janvier 2012

La théorie de la contorsion

"- Coucou, je m'appelle Simone, et toi?
- Nan tu t'appelles Culotte ! Tu veux jouer à quoi ?
- J'ai envie d'aller à la piscine
- Nan toi tu es malade, tu vas à l'hôpital.
- On peut goûter avant?
- Viens on va chez moi ma maman elle a acheté plein de trucs bons à manger.
- Des tartines au nutella?
- NAN !!! t'es allergique.
- BON CA SUFFIT LA, si c'est toujours toi qui décides eh ben moi je joue plus!"


Cette bande dessinée / carnet de croquis raconte la vie quotidienne de l'auteure, une trentenaire qui mène de front sa vie de dessinatrice freelance, sa vie d'épouse et sa vie de jeune maman. Un cocktail explosif qui parle d'un peu de tout : de la mode, du sexe, du boulot, de la déprime, de la famille, de pets,...de tout, on vous dit !

Voici un livre bourré de fraîcheur, amusant et à l'humour cash / trash. C'est léger, et ça se feuillette avec plaisir. Il y a du vrai, dans ces petits dessins, du vécu, et c'est ce qui fait sourire. Bon, je me rends compte que j'ai commencé par le tome deux sans le savoir, car ce livre est la suite de J'aurais adoré être ethnologue, mais c'est pas grave, ils sont relativement indépendants ! Un bon moment de détente sans prétention. Le livre idéal à offrir aux copines.


@ lire : l'avis de Cec'Fibula.

Par Margaux Motin, chez MARAbulles, 12,90 €.

L'enfant du jeudi

"Je fus prise d'un petit vertige de démence, comme si une abeille bourdonnait dans ma tête. Je ne savais même plus quand je devais être heureuse ou non. Je me rendis compte que j'avais oublié quand c'était le moment de sourire."

Au beau milieu d'une terre aride en Australie vit Harper Flute, dix ans, avec sa famille. C'est l'époque de la Grande Dépression, et les finances vont mal. Il y a Pa, le père blessé pendant la guerre, qui nourrit les siens avec les lapins qu'il braconne, et qui accumule mauvais choix sur mauvais choix pour tenter de se sortir de la misère. Il y a Devon, le grand frère qui rêve d'avoir un jour un cheval. Il y a Audrey, la grande soeur qui pense déjà aux garçons. Il y a Ma, la mère qui recolle tant bien que mal les morceaux de cette famille qui se brise peu à peu. Et il y a Tin, le petit frère, l'enfant sauvage, un peu inquiétant, qui ne pense qu'à creuser des galeries souterraines, des tunnels qui vont changer la vie de la famille Flute...


Voici un roman bourré d'ambiance : celle des terres arides du bush australien, si intense qu'on a l'impression d'avoir de la poussière sur soi et de la terre sous les ongles rien qu'en lisant le livre. On ne peut que prendre en pitié cette famille malmenée par la vie, même si certains coups du sort sont souvent la conséquence des mauvais choix du père de famille. Ce qui est intéressant, dans ce roman, c'est que tout ceci est vu à travers le prisme déformant et subjectif du regard d'Harper, la narratrice, qui observe avec curiosité tout ce qui se passe et entend tout ce qui se dit, mais qui ne comprend pas tout, et pour cause : elle baigne encore dans le monde de son enfance, avec la naïveté qui va avec. Le lecteur doit donc lire entre les lignes et va comprendre ce qui se joue bien plus vite que la narratrice [attention, spoiler : surligner pour lire], comme par exemple dans l'épisode des vaches volées, où il semble clair que les deux visiteurs qui les questionnent sur leur bétail ne sont là que pour tâter le terrain avant d'opérer leur larcin...ce que ni Harper, ni le père de famille n'avaient vu venir... [fin du spoiler] Cela donne donc une lecture riche, un peu éprouvante aussi, car la vue de toute cette souffrance et toute cette misère est dure à supporter. Tin, le héros silencieux et absent qui donne pourtant son nom au roman, m'a aussi souvent agacée : un drame survient tout de même à cause de lui [attention, spoiler] : l'effondrement de la maison à cause des galeries creusées trop près des fondations [fin du spoiler]. Il est difficile à cerner, à la fois absent, mais aussi jamais trop loin, et toujours prêt à venir au secours de sa famille. Difficile, au final, de résumer ce roman au goût étrange, à la fois lent et languissant, et intense en émotions et en événements violents. Un moment de lecture surprenant, empli de mélancolie douce-amère.


@ lire : l'avis de Fantasia.


Par Sonya Hartnett, chez Les grandes personnes, 16 €.