"J'ouvre les yeux ; les referme. Cela ne change rien à la nature de l'obscurité. D'ailleurs je ne sais pas si j'ouvre les yeux ou si je rêve seulement que je les ouvre. Suis-je éveillée ou endormie ? Vivante ou morte ? Suis-je déjà un cadavre ?"
Oxford, 1650. Anne Green est une jeune servante qui vient d'être pendue. Or, elle se réveille dans son cercueil, et si elle ne peut plus bouger, son esprit, lui, est en pleine effervescence. Que s'est-il passé ? Est-elle vivante ou morte ? Lui reviennent alors à la mémoire les évènements qui ont causé sa perte : séduite par le fils de son maître, et enivrée par de belles paroles sans lendemain, Anne est tombée enceinte, et a mis au monde un enfant mort-né. Une liaison gênante pour le maître du domaine, qui s'empresse de la faire condamner pour infanticide... Pendant qu'Anne se remémore son passé et médite sur ses erreurs, son corps, légué à la science, est préparé pour être disséqué sous les yeux d'étudiants en médecine. C'est alors que Robert, un jeune homme bègue et timide, remarque des signes de vie sur le soi-disant cadavre...
Séduite par Waterloo Necropolis, le dernier roman de l'auteure, je me suis empressée de lire La Messagère de l'au-delà, qu'on m'avait chaleureusement recommandé. Et je ne suis pas déçue, bien au contraire. En effet, ce livre, inspiré d'une histoire vraie (dont des détails sont précisés à la fin de l'ouvrage), est vraiment étonnant. Déjà, l'intrigue est originale (une morte qui revit !), et l'est d'autant plus dans un cadre historique particulier (avec Cromwell au pouvoir et la domination des puritains) qui relie forcément l'évènement à un miracle d'ordre divin. J'ai aussi trouvé que les détails sur la pratique de la médecine à cette époque étaient très intéressants. Mais ce qui est le plus remarquable, c'est le récit lui-même, celui d'une petite servante un peu naïve, qui va offrir sa vertu au fils du patron, en espérant un jour devenir sa femme et accéder aux privilèges de la haute société. Les jeunes lecteurs (adolescents) jugeront peut-être mal cette jeune femme qui se laisse si facilement berner par les fausses promesses du gentilhomme. Il faut en effet remettre les choses dans leur contexte : les conditions de vie étaient dures pour les femmes modestes à cette époque, et il devait être bien agréable de rêver à une vie meilleure. Il faut aussi bien comprendre qu'Anne est une jeune fille solitaire manquant d'éducation et de repères dans la société, et qu'il lui a manqué une confidente qui aurait pu l'avertir des dangers qui la guettaient. En effet, elle s'était brouillée avec sa compagne de dortoir, et la plupart des filles étaient jalouses de sa beauté... Ainsi, si Anne a commis un péché, c'est celui de la vanité, et si elle a un affreux défaut, c'est la naïveté. Mais elle a aussi de belles qualités : la ténacité et le courage (elle clamera son innocence jusqu'au bout), la lucidité (elle comprend et regrette amèrement ses erreurs) et l'honnêteté (après tout ce qu'elle a enduré - accouchement solitaire, emprisonnement, condamnation,... - son seul souci est de s'être mal comportée avec son fiancé et de pouvoir un jour lui présenter ses excuses). On le voit, des thèmes très durs sont évoqués dans ce roman : relations sexuelles forcées, scène d'accouchement très crue, pendaison,... Et pourtant, on ne sombre jamais dans un voyeurisme facile, ou même dans le pathos. Le ton de l'auteure est juste et sobre, les scènes étant assez fortes pour parler d'elles-mêmes. On ressort secoué quand même de cette lecture, et j'ai eu l'impression, en refermant ce livre, d'avoir assisté à un évènement hors du temps. Un roman pour des lecteurs qui ont des tripes !
@ lire : l'avis de Clarabel.
Par Mary Hooper, chez Panama, 15 €.

Je crois que je l'avais encore plus aimé que Waterloo Necropolis !
RépondreSupprimerOui, il est plus original et plus percutant que Waterloo Necropolis, même si j'ai aimé les deux.
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