jeudi 30 décembre 2010

Le dernier été

"C'est comme ça que j'ai décidé que cet été-là, parmi tous les étés, devait être inoubliable. Le trophée de la mémoire. Le coquillage dans le tiroir, prêt à se brancher avec le passé dans un clapotis téléphonique."

Une fille - dont on ne connaît pas le prénom - passe ses vacances à la mer, comme tous les étés. Et comme chaque année, elle encadre sa petite bande de gamins, plus jeunes qu'elle, et pour lesquels elle est une sorte de baby-sitter non officielle. Avec eux, elle "joue au Géant", un géant imaginaire qui donne des ordres et indique le programme du jour à la petite troupe : aller acheter une glace tous ensemble, aller espionner les enfants de la colonie de vacances, ou nager jusqu'aux rochers. La narratrice adore tous ces enfants, mais elle sent qu'elle devient trop grande pour ça. Et d'ailleurs, n'a-t-elle pas comme un noeud dans le ventre quand elle est près de Luciano, le beau maître nageur ? Cet été est l'été où elle grandit, et ressent ce mélange d'émotions indéfinissable, ce flot qui submerge tout enfant qui passe doucement vers l'adolescence...

Voilà un roman difficile à décrire. Il n'y a pas vraiment d'histoire - juste un tout petit peu, juste assez pour tenir le tout par un fin ruban tout fragile - et il s'agit surtout d'impressions, d'émotions, de nostalgie et de souffrance aussi. L'auteur revient souvent sur le thème de la mémoire, des souvenirs, de ce qu'on retient, de ce qu'on oublie, et de ce qui reste quand on est devenu grand. Ce qui reste de cet été en particulier, c'est ce roman. Un mélange de glaces, de livres, de dangers, de robe verte et d'affection pour le petit Roberto. Un truc indescriptible, en fait. Mais un truc qui fait qu'on sait qu'on était vivant. 
Au début, j'ai eu peur de ne pas aimer - car c'est un peu lent, un peu douloureux, un peu amer - puis je me suis laissée emporter dans ces remous pas toujours très gais, avec ce goût un peu triste que laissent parfois les souvenirs d'enfance.

Par Beatrice Masini, chez La Joie de lire, 7,90 €.

Où vas-tu, Sunshine ?

"Sans la perruque, il n'y avait plus de Sunshine, et Sunshine envolée, je redevenais la petite Holly ordinaire de tous les jours, la fille dont personne ne voulait."

Holly a quatorze ans et une sacrée gouaille. Il faut dire qu'elle en a, des trucs à raconter. Sa vie au foyer de Templeton House, avec sa copine Grace qui veut devenir mannequin, et son pote Trim le délinquant. Sa vie d'avant, aussi, avec sa mère, partie en Irlande. Et Holly compte bien aller la rejoindre. Un jour, Miko, son éducateur, lui annonce qu'elle va être placée dans une famille d'accueil, chez Fiona et Ray Aldridge. Holly est peu emballée et ne fait pas beaucoup d'efforts. Et voilà qu'elle tombe sur une magnifique perruque blonde en fouillant dans les tiroirs de la chambre de Fiona. Spontanément, elle l'essaie, et se trouve sublime. Avec cette perruque, elle est dix fois plus belle. Avec cette perruque, elle a l'air adulte. Avec cette perruque, elle a l'air d'une vraie tombeuse. Sous les cheveux blonds, Holly s'invente un personnage, un double mystérieux. Elle devient Sunshine, la chaloupeuse, la fille sûre d'elle qui n'a peur de rien. Et très vite, elle décide de fuguer et de partir en Irlande rejoindre sa mère. A n'importe quel prix.


J'ai beaucoup aimé ce roman ! Holly est tour à tour énervante, attendrissante et effrayante, et il est souvent difficile de discerner sa véritable personnalité, bouffée par son personnage imaginaire. Cette sorte de schizophrénie rend le roman haletant et surprenant, car on se doute que l'esprit tourmenté d'Holly-Sunshine nous cache beaucoup de choses que la jeune fille n'arrive pas à admettre. Des bribes de vérité apparaissent petit à petit et on redoute souvent le pire sur ce qui s'est vraiment passé... On frissonne souvent, aussi, pendant ce road-trip où tout peut arriver : soirée un peu trop arrosée qui pourrait mal tourner, auto-stop avec des hommes douteux, menus larcins,... Mais quoiqu'elle fasse, Holly communique avant tout beaucoup de douleur et de souffrance au lecteur, qui ressent de la pitié pour ce qu'elle a vécu et pour ce qu'elle est devenue. On tremble jusqu'au bout (à vous de découvrir la fin !), et c'est avec une forte émotion que j'ai refermé ce livre. Voici un beau portrait d'une adolescente en colère, à la carapace bien plus fragile qu'il n'y paraît.


@ lire : l'avis de Céline et de Ricochet.


Par Siobhan Dowd, chez Gallimard jeunesse, collection Scripto, 13 €.

vendredi 24 décembre 2010

L'affaire Amanda - Invisible

"De temps à autre, un cataclysme se produit à la surface de la terre : un tsunami, un tremblement de terre..., et sa violence est telle qu'il la déplace de son axe. [...]
Je ne m'en suis pas rendu compte sur le moment, mais ma rencontre avec Amanda Valentino allait me faire à peu près cet effet-là."


Lorsque Callie est convoquée chez le proviseur du lycée Endeavour High, elle n'a aucune idée de ce qui l'attend. Et voilà qu'elle apprend trois éléments choquants : que son étrange amie Amanda a tagué la voiture du proviseur, qu'elle a deux autres amis qu'elle alors qu'elle croyait leur relation unique, et surtout, surtout, qu'Amanda a disparu. Mensonges, fausses pistes, découvertes ahurissantes vont se succéder dans cette course pour la vérité. Mais il va falloir faire des choix : continuer à fréquenter les iGirls - un groupe de fille ultra-populaire du lycée dont les prénoms se terminent tous en "i" - ou accompagner Hal et Nia, les deux amis d'Amanda ? Il semble que cette affaire ait un enjeu bien plus grand que le décryptage des indices laissés par Amanda. Dans cette histoire, Callie va en apprendre beaucoup sur elle-même...


Avant de commencer ce livre, j'ai eu un peu peur d'être déçue, car l'idée semblait ressembler de très près au fameux Cathy's book. Mais finalement, le concept est différent - quoique tout de même semblable. Contrairement à Cathy's book, on n'a pas affaire à l'histoire du point de vue de la "disparue", mais du point de vue de son amie. De plus, pas de gadgets et indices dans une pochette, mais un roman à l'état brut. Ce qui est intéressant, c'est la découverte progressive de la "vérité" concernant Amanda, et l'effondrement de toutes les certitudes que Callie avait à propos de son amie. Il est amusant de voir comme il est facile de se faire manipuler... J'ai trouvé que ce livre était plutôt bien écrit, haletant et passionnant. On a vraiment envie de savoir la suite, et l'alternance entre le récit et les flashbacks de Callie donne un rythme vraiment réussi à l'intrigue. Bien sûr, il y a une suite. Mais au vu de ce premier tome, je suis optimiste sur sa qualité, et j'ai hâte de savoir ce qui se cache derrière tous les mensonges et les cachotteries d'Amanda, car des détails du récit suggèrent qu'il reste beaucoup de choses à découvrir, même sur Nia et Hal, par exemple... Pas mal non plus, le ricochet de la recherche d'Amanda sur la propre vie et les propres choix de Callie... Callie, un personnage intéressant, presque aussi passionnant qu'Amanda, d'ailleurs... Pour poursuivre l'aventure, visitez le site Internet (autre similitude avec Cathy's book, tiens !)...et bonne enquête !


Ah, et ne vous laissez pas décourager par la couverture rose bonbon (beurk), c'est plus profond et plus intéressant que ça en a l'air ! ;-)


@ lire : l'avis de Clarabel, de Radicale et de Thalie.


Par Melissa Kantor (alias Stella Lennon), chez Bayard jeunesse, 16,90 €.

Punie !

"Les poubelles ne me dérangent pas. J'y retrouve une odeur de frites et de pomme. Près des poubelles, je rêve en regardant le ciel, parce que je ne veux pas voir les autres jouer. Une récréation, c'est long."

Olivia est punie. Par la maîtresse ? Par sa maman ? Non. Par ses propres amies. Des amies qui la forcent à passer la récréation au coin. Tout près des poubelles. Pourquoi est-elle punie ? Comme ça, c'est tout. C'est Coralie qui le dit : "Cherche et tu trouveras. Ce que tu as fait, tu le sais très bien. Maintenant, va au coin, sinon je raconte à tout le monde ton secret." Et voilà, c'est dit. Olivia ne veut surtout pas que son secret s'évente. Alors elle obéit. Mais c'est quoi, son secret, au juste ? C'est que depuis qu'elle a deux maisons, les objets parlent d'elle la nuit et lui font peur. Depuis que ses parents se sont séparés, le lampadaire et la poupée se transforment en monstres moqueurs. Dans ces conditions, comment se confier à sa maman ?


J'ai été très touchée par ce roman qui sonne si vrai. Les enfants peuvent être si cruels entre eux, et la mise à l'écart et l'humiliation sont parfois monnaie courante dans les cours de récré. Surtout, ce qui est encore plus universel, c'est la souffrance éprouvée par l'enfant qui est rejeté. Ce sentiment particulier est très bien décrit par l'auteur. Une souffrance qui rejoint celle de la séparation de ses parents. Ce qui est important, c'est le message du roman : il ne faut pas se laisser faire ! Le moment de la délivrance, où Olivia dit tout et où elle peut en discuter avec sa maman ET son papa est très intéressant, véhicule des émotions fortes. Un roman à partager avec ses enfants ou à l'école.


@ lire : l'avis de Clarabel.


Par Nathalie Kuperman, chez L'école des loisirs, collection Mouche, 8,50 €.

jeudi 23 décembre 2010

Talam

"Sur une mappemonde
Un arbre a pris racine.
Dessous un tigre gronde,
Un beau lièvre chemine.
Et l'aigle qui s'élève
Attend avec espoir
Que les douze ans s'achèvent,
Révélant cinq pouvoirs."

Tennessee est une collégienne comme les autres. Seulement, un matin, elle découvre un tag étrange sur un mur qui jonche le chemin qu'elle emprunte tous les jours : "Talam". Elle oublie vite cet incident, mais voilà qu'en classe, elle trouve sur sa table un cahier dans lequel le mot "Talam" est écrit à l'infini. Et quand, sous le coup d'une colère noire, elle a l'impression de se comporter comme un tigre en furie, la jeune fille est vraiment troublée. Elle décide d'enquêter sur ce mystère, avec l'aide de sa grand-mère, qui lui révèle un drôle de secret...


Pendant ce temps, parce qu'il est nul en sport, les parents d'Anton décident de l'inscrire à un stage de cirque. Anton n'est pas du tout enthousiaste. Et quand il est contrarié et en colère, d'étranges visions très réalistes lui apparaissent. Le stage se passe au "Talam circus". Or, ce nom n'est pas inconnu pour Anton : il apparaît sur un des ses vieux jouets. Plus étrange, Tennessee, une fille qui fréquente aussi le stage de cirque, semble aussi connaître ce mot bizarre...


Lucien, lui, est un pro du skate. Parfois, sa planche à roulettes le porte si rapidement qu'il ne se souvient même pas du trajet ni du voyage... Voilà qu'un jour, il reçoit une étrange lettre, dans lequel le mot Talam apparaît. Talam. Un mot qui résonne dans sa tête : mais oui, il est gravé dans un vieux jouet... Lucien participe au stage de cirque de la ville, et rencontre Tennessee et Anton. Il découvre qu'il n'est pas le seul à s'intéresser à ce mot tagué partout sur les murs du quartier...


Les enfants du stage de cirque ont découvert qu'un lien les unit : le mot Talam, qui semble les poursuivre, et qui les unit en quelque sorte. En effet, T = Tennessee = Tigre, A = Anton = Aigle, L = Lucien = Lièvre...qui sont les autres ? Ambroisie, elle, vit dans une roulotte du cirque Talam. Elle observe les trois enfants depuis un bon moment, tout en parlant aux plantes dans un langage qu'elle est la seule à connaître. Sa mamie, Mariposa Butterfly alias Mamiposa, appelle les trois enfants les Pentas, et semble avoir attendu ce moment depuis longtemps. Mais pourquoi ? Quel secret cache-t-elle ? Et qui est cet homme qui rôde autour de la roulotte ?


Talam est la nouvelle série portée par un quatuor d'écrivains surdoués, à savoir (dans l'ordre d'apparition)  Jean-Michel Payet, Cécile Roumiguière, Maryvonne Rippert et Sigrid Baffert. Ces quatre complices sont déjà connus pour porter la série Blue cerises, qui fonctionne un peu sur le même principe que Talam : chaque auteur écrit un volume et s'identifie à un personnage, et les personnages sont liés entre eux, ce qu'on découvre au fil des lectures. La différence entre les deux séries : Blue cerises est destinée à un public d'adolescents, tandis que Talam s'adresse à des enfants. Par ailleurs, si Blue cerises peut se lire dans le désordre (mais en suivant le rythme des différentes "saisons"), Talam doit se lire plutôt dans l'ordre. Dans les deux cas, un grand plaisir de lecture et une langue qui coule comme un sirop, ciselée et sans fioritures. De plus, les quatre auteurs ont l'art de cultiver le mystère, et ne cèdent des indices que par petits bouts... Un soupçon de fantastique et l'ambiance magique du cirque donnent un très bon goût à cette série bien menée et rythmée. Vivement la suite !


Par Walter Spock et illustré par Benoît Perroud, chez Milan, collection cadet aventure, 5,90 € le volume.

mardi 21 décembre 2010

Pablo de La Courneuve

"A l'heure de la sortie des classes, les enfants transforment l'immeuble en ruche : ça bruisse, ça crie, ça court et ça saute dans tous les sens."

Pablo vit à La Courneuve. Mais son vrai pays, c'est la Colombie. C'est là-bas qu'il est né, là-bas qu'il a grandi, là-bas qu'il a tous ses meilleurs souvenirs. Pablo n'a pas exactement compris pourquoi sa famille a déménagé en France, dans la panique, mais il sait qu'il n'a pas de papiers. Et que sa priorité, c'est de ne jamais se faire remarquer. Seulement, voilà qu'on l'accuse de vol à l'école...


J'ai été attirée par ce court roman grâce à la jolie couverture signée Benjamin Lacombe, mais aussi grâce au nom de l'auteur qui m'a tout de suite fait "tilt" à l'oreille : Cécile Roumiguière, l'un des quatre auteurs d'une série que j'aime beaucoup, les Blue cerises. Deux bonnes raisons pour me lancer ! Et je ne le regrette pas. L'histoire est poétique, la langue est belle, comme toujours. J'ai bien aimé le lien qui se noue entre Pablo et la vieille dame de son quartier, et j'ai trouvé que la retranscription des pensées et des impressions du petit garçon étaient très réalistes : en effet, il ne comprend pas tout et se fait parfois des films, croyant ainsi qu'il va aller à la police parce qu'il est accusé d'avoir volé des cartes de jeu de rôle à un camarade. Un petit roman à lire d'une traite !


Par Cécile Roumiguière, chez Le Seuil jeunesse, collection Chapitre, 7,50 €.

samedi 18 décembre 2010

Dark divine

"C'était une chaude nuit de mai. J'avais ouvert ma fenêtre avant de me coucher et je fus réveillée par des voix vers 2 heures du matin. Aujourd'hui encore, quand je n'arrive pas à dormir, je les entends - comme des murmures de fantômes dans le vent."

Grace Divine est une fille de pasteur à la vie bien rangée. Mais son tranquille quotidien est bouleversé lorsque Daniel, un ancien ami de son frère qui avait disparu de la circulation, se met en contact avec elle pendant son cours d'arts plastiques. Elle était elle-même très proche de Daniel, mais un tabou familial entoure sa disparition : à l'époque, on a clairement fait comprendre à Grace qu'il était interdit et même dangereux de fréquenter le jeune homme. En effet, juste avant son départ, il semble s'être passé quelque chose entre Daniel et Jude, le frère de Grace, qui était rentré une nuit couvert de sang...
Aussi, quand Grace annonce qu'elle a revu Daniel, la famille s'affole et les bases de l'équilibre familial semblent se disloquer. Et Grace veut savoir pourquoi. Elle veut savoir ce qui s'est passé pendant cette mystérieuse nuit. Surtout que depuis le retour de Daniel, des événement sinistres et sanglants font la une des journaux locaux...


Bouarf. Autant être franche : je n'ai pas aimé ce roman. Dès les premières pages, j'ai été un peu écoeurée par l'overdose de messages religieux dans le texte, et par cette famille archi parfaite à la morale impeccable. Grace Divine - rien que son patronyme m'a fait frémir - est souvent un peu nunuche, naïve et vit dans un monde protégé dans lequel il est extrêmement inquiétant que ses parents se disputent deux fois dans la semaine, par exemple. Oh la la. Concernant le récit, j'ai trouvé que les ficelles étaient vraiment visibles, et il ne m'a pas été difficile de deviner l'issue de l'histoire et d'écarter les fausses pistes. De même, j'ai vite saisi de quel "mystère" il était question dans ce roman, et j'ai été déçue de ne pas avoir ressenti plus de peur et d'angoisse autour de ce "mystère". La scène de la disparition de James, par exemple, est particulièrement ratée : aucun suspense, aucune tension, le tout était mou et plat. Quant à la couverture, je ne vois pas vraiment le rapport avec le contenu...? Je reconnais cependant que ce roman a tout pour plaire aux adolescentes qui voudraient lire un roman dans la veine de Twilight : bal lycéen, flirts, secrets, coeur qui balance entre deux prétendants,... Mais pour moi, ça s'arrêtera là : je n'ai pas été conquise. Il s'agit apparemment d'une série (en tout cas, la fin est ouverte), mais je ne continuerai pas l'aventure.


@ lire : l'avis de Thalie, qui partage mon avis (je préfère d'ailleurs comme elle beaucoup plus un roman comme Métal mélodie que celui-là) tout comme Radicale et Bouma qui sont mitigées, et l'avis de Clarabel, Lael, et Faelys qui ont bien aimé.


Par Bree Despain, chez La Martinière jeunesse, 13,90 €.

vendredi 17 décembre 2010

Cat's eye - tome 5

"Cat's eye, il ne l'a vue qu'une fois ! Sa silhouette vue de dos était si belle que la regarder était presque un crime..."

La situation - déjà pas si simple - se complique pour les trois soeurs. En effet, Toshio semble tomber amoureux de Cat's eye sans savoir que c'est Hitomi qui se cache derrière la jolie silhouette de la voleuse... Par ailleurs, Kazumi, une petite peste qui se trouve dans la classe d'Aï, se met en tête de faire un scoop sur Cat's eye, et espionne les moindres faits et gestes de la police et du café...


Au début de ce tome, j'étais un peu déçue car il était plus question de sentiments et de la jalousie amoureuse d'Asatani que des vols eux-mêmes - or moi je trouve cela excitant et ça me manquait un peu. Mais la fin du tome rebondit bien avec l'intrusion du personnage agaçant de Kazumi, qui pousse encore les jolies voleuses dans leurs retranchements. L'auteur joue de plus en plus sur un triangle amoureux virtuel - puisqu'Hitomi et Cat's eye ne font qu'une - entre Toshio, Hitomi et la voleuse qui l'obsède...


@ lire : mon avis sur les autres tomes : Cat's eye (t.1) ; Cat's eye (t.2) ; Cat's eye (t.3) ; Cat's eye (t.4)


Par Tsukasa Hojo, chez Panini manga, 9,95 €.

jeudi 16 décembre 2010

Jenna Fox, pour toujours

"L'identité, est-ce être différent des autres, ou être assimilé aux autres ?"

Jenna Fox se réveille après un an passé dans le coma. Après un terrible accident de voiture. Dont elle n'a aucun souvenir. Elle n'a aucun souvenir du tout, d'ailleurs. C'est à peine si elle reconnaît ses propres parents. Avec l'aide des nombreuses vidéos tournées par ses parents lorsqu'elle était petite, Jenna redécouvre son passé. 17 années défilent devant ses yeux. Elle était une enfant choyée, aimé, vénérée. Cependant, elle sent que quelque chose ne va pas. Des souvenirs apparaissent, certes, mais pas forcément ceux auxquels elle s'attendait. Des souvenirs qui font germer un doute. Et qui font surgir des questions bien troublantes dans le cerveau embrouillé de Jenna. Que s'est-il vraiment passé après l'accident ? Et qui est vraiment Jenna Fox ?

Attention, ce livre va vous bouleverser et vous porter aux limites du possible et de l'imaginable. J'ai reçu une grande claque dans la figure en le lisant. Je ne pouvais plus décrocher mes yeux des pages, avide de connaître la vérité, tout en étant un peu craintive de la deviner trop bien. Ce roman touche à plusieurs thèmes très forts, notamment la question de l'identité, de l'humanité et aussi de l'éthique scientifique. L'horreur des faits et l'amour infini des parents de Jenna s'équilibrent et proposent une réflexion au lecteur, une réflexion qu'il peut mener tout seul après avoir fermé le livre. 
[attention, spoiler !] La question posée est : jusqu'où peut-on aller pour sauver une vie ? De quel droit peut-on décider des conditions particulières de cette vie "différente" d'avant ? Cette nouvelle vie vaut-elle autant que celle d'avant ? La fin du livre laisse suggérer que oui. La vie est vraiment la chose la plus précieuse au monde. Mais à quel prix ? Voir mourir ceux qu'on aime, ne plus avoir le sens du goût, se sentir comme un passager dans un corps artificiel ? Les risques pris par des scientifiques apprentis sorciers sont également pointés du doigt, et l'importance de la mise en place de garde-fous fiables est soulignée. [fin du spoiler !] 
Bref, beaucoup de questions, à se poser et à se reposer, parce que ces questions sont justement essentielles. J'ai bien aimé la construction du roman, fait de petits chapitres avec un titre sobre, qui tient souvent en un mot. Des petits bouts de pensées de Jenna qui s'emboîtent et se répondent au fur et à mesure de l'avancée dans le livre. J'ai apprécié l'équilibre entre informations très concrètes et passages plus philosophiques. Et j'ai été troublée le personnage de Jenna et par son courage (vous comprendrez). C'est un roman que je conseille très fort, car je vous garantis qu'il va vous secouer. Jenna Fox est peut-être amnésique, mais une chose est sûre : vous vous souviendrez d'elle.

@ lire : l'avis de Bauchette, de Clarabel, de Radicale et de Theoma.

Par Mary E. Pearson, chez Les Grandes Personnes, 14 €.

mercredi 15 décembre 2010

L'été où je suis devenue jolie

"Il y avait dans l'air la promesse estivale de millions de possibles."

C'est l'été. Et comme tous les étés, Belly, son frère Steven et leur mère vont passer les vacances dans "la maison au bord de la plage". Ils vont y retrouver Susannah, la meilleure amie de leur mère, et ses deux fils, Conrad et Jeremiah. Belly est impatiente : l'été dans cette maison, c'est la parfaite alchimie entre baignades, bronzage, thé glacé et bonne humeur. Mais surtout, elle a hâte de retrouver Jeremiah, son meilleur ami, et Conrad, dont elle est secrètement amoureuse. Seulement, cet été semble différent des précédents. Parce qu'elle a grandi, va avoir seize ans, porte des lentilles de contact, et remplit beaucoup plus ses hauts de maillots de bain. Mais aussi parce que les deux garçons ont un drôle de comportement...


Voici un roman parfait pour les vacances d'été, à lire dans un transat ou sur la plage en écoutant la douce mélodie des vagues... Manque de bol, c'est l'hiver, le sol est couvert de neige et il gèle à pierre fendre. Mais ce n'est pas grave : j'ai carrément adoré cette histoire d'amour à la plage ("bahouba cha cha cha", comme chantait Niagara...), et j'ai réussi à me croire au bord d'une piscine en train de siroter une grenadine sous un soleil de plomb. Sacrée prouesse. Je vous laisse juger.
Trève de plaisanterie : ce roman est un vrai régal à lire. Léger, fluide, il va à l'essentiel et ne s'encombre pas de dialogues inutiles. Le comportement indécis et impulsif de Belly reflète bien le passage à l'adolescence, et le roman sonne "vrai". L'ambiguïté des sentiments de la jeune fille est bien retransmise, et le lecteur est comme happé par le tourbillon d'émotions qui traverse Belly. La révélation finale n'en est pas vraiment une, car on devine assez aisément ce qui se trame, mais ce n'est pas ça le plus intéressant. Ce qu'il faut observer, c'est la complexité des sentiments et l'étrange alliage de fragilité et de force qui unit les trois amis entre eux. Un roman de plage, certes, mais pas pour bronzer idiot.
Il existe une suite (en fait, trois romans composeront cette série), mais on peut très bien s'arrêter là. Cela dit, je suis quand même (affreusement) curieuse de voir ce qui va se passer...


@ lire, dans le même esprit : Toi et moi à jamais, par Ann Brashares.


@ lire : l'avis de ClarabelGawou, LaelLily et Thalie.


Par Jenny Han, chez Albin Michel jeunesse, collection Wiz, 13 €.

Suite Scarlett

"Être né et avoir vécu dans un petit hôtel de New York paraît sans doute extraordinaire. Comme souvent, la situation est drôle tant que l'on n'y a pas vraiment réfléchi."

Scarlett a quinze ans, et elle vit à l'Hôtel Hopewell, dans le nord-est de Manhattan. Elle y vit, car ses parents sont propriétaires de l'établissement. La classe, me direz-vous. Pas tout à fait. Car l'hôtel a perdu de son ancien clinquant et le dernier membre du personnel vient de claquer la porte. Il faut dire que les finances des parents de Scarlett sont dans le rouge : sa petite soeur Marlène a eu une leucémie, et toutes leurs économies sont passées dans les soins et les hospitalisations. Si en plus Spencer, le frère aîné, a des ambitions et veut percer dans le monde du théâtre, on se demande où les parents de Scarlett vont trouver l'argent nécessaire. D'ailleurs, le jour de son anniversaire, ils confient à Scarlett une mission particulière : celle de s'occuper de la suite Empire, la plus belle de l'hôtel, et de prendre soin des éventuels clients qui s'y installeraient. Or, il se trouve qu'une certaine Mrs Amberson choisit d'y passer tout l'été. Cette rencontre risque bien de changer le cours des choses. Et de faire passer à Scarlett un été bien mouvementé. Premier amour et coups de théâtre seront au rendez-vous !


Comme promis (voir Treize petites enveloppes bleues), j'ai vraiment beaucoup aimé ce roman. Le ton est léger, l'humour est vif et pimenté, et les personnages sont plein de charme et d'espièglerie. Je suis tombée amoureuse de ce petit monde et de cette famille éclectique, entre Lola la jolie fille perfectionnée amoureuse d'un millionnaire, Marlène la petite peste pourrie-gâtée, Spencer le séducteur au grand coeur et Scarlett la rêveuse un brin naïve mais audacieuse. Le duo monté entre Scarlett et la mystérieuse et excentrique Mrs Amberson est très réussi, et il est difficile de cerner la personnalité de cette femme à la frontière du malsain mais au fond très généreuse. L'incursion dans le monde du théâtre est également des plus passionnantes, et c'est avec délice que j'ai suivi les rebondissements de cette intrigue riche et mouvementée. Les dialogues sont savoureux et ne manquent pas de sarcasme. Un grand moment de folie douce ! Clarabel m'informe qu'il va y avoir une suite...je suis preneuse ! A priori, ça s'appelle Scarlett fever (et non pas "Suite suite Scarlett", mouah ah ah), ou Au-secours, Scarlett ! pour la version française, et pour en avoir un aperçu (mais attention aux spoilers), ça se passe ici. Sortie prévue pour le 2 janvier 2011 !


@ lire : l'avis de Clarabel, Faelys, GawouKarine, et Tiphanya.


Par Maureen Johnson, chez Gallimard jeunesse, collection Scripto, 13 €.

lundi 13 décembre 2010

Monster (tome 2) - Surprise party

"Quelle peut être la réaction d'hommes qui se trouvent aux portes de la mort ? C'est tout ce qui l'intéressait. Il savourait l'angoisse."

Le Dr Tenma tente d'enquêter sur le passé de Johann, et de retrouver Anna, sa soeur jumelle. Il semble par ailleurs que Johann ait l'intention de renouer le contact avec elle, et d'organiser une rencontre pour le jour de ses 20 ans. Tenma retrouvera-t-il sa trace à temps ?


La folle course poursuite commence pour de bon, et Tenma va de découverte en découverte, chacune plus stupéfiante que la suivante. On ressent à travers ces pages la grande humanité de l'auteur, qui réussit à faire passer des émotions très fortes et très pures à ses lecteurs. De plus, une grande partie de cet épisode se passe à Heidelberg, une ville d'Allemagne dans laquelle j'ai passé une année d'Erasmus, et c'est avec grand plaisir que j'ai redécouvert ces lieux qui me sont chers par le biais du coup de crayon sûr et plein de charme d'Urasawa. 


Comme je l'avais déjà dit, je suis en cours de relecture de cette série en attendant d'arriver au tome 6, à partir duquel je vais vraiment découvrir pour de bon la suite. Et je dois dire que cette relecture est non seulement très agréable, mais aussi très utile, car j'avais finalement oublié de nombreux détails depuis le temps, qui me seront sans doute utiles pour bien comprendre la suite !


@ lire : mon avis sur le tome 1.


Par Naoki Urasawa, chez Kana, collection Big Kana, 7 €.

vendredi 10 décembre 2010

Monster (tome 1) - Herr Doktor Tenma

"Ca va aller ! Accroche-toi ! Je vais te sortir de là !"

A Düsseldorf, en 1986, le Dr Tenma, jeune et brillant neurochirurgien japonais qui fait carrière en Allemagne, doit faire un choix crucial : soigner Johann, un jeune garçon qui a reçu une balle dans la tête, ou s'occuper du maire de la ville, victime d'une thrombose cérébrale. Son choix se porte instinctivement vers le petit garçon, arrivé en premier à l'hôpital, même si le directeur met une pression énorme au Dr Tenma pour qu'il prenne en charge le maire. Pour Tenma, ce geste fait sens et c'est cette équité entre les patients qui est le ciment de sa foi en son métier. Sa décision aura des conséquences sur l'évolution de sa carrière, mais aussi, de façon inattendue sur le destin de nombreuses personnes. En effet, des crimes étranges surviennent peu après l'opération du petit garçon. Sont-ils liés au carnage dans lequel les parents du petit garçon ont péri, et qui a failli lui coûter sa propre vie ? Le mystère semble insolvable, d'autant qu'Anna, la soeur jumelle de Johann, est indemne mais muette depuis le choc...


J'avais déjà publié un billet sur cette série, mais cette fois j'entre dans le détail tome par tome, car je reprends ma lecture depuis le début. En effet, ma médiathèque a reçu les derniers tomes de cette excellente série, mais comme l'intrigue est un brin complexe, j'ai préféré tout recommencer afin de ne manquer aucun détail et de prendre encore plus de plaisir à découvrir la fin. Autant dire que je suis TRES pressée d'arriver aux épisodes que je n'ai pas encore lus... Bref. 
Dans ce premier tome - très intense - nous découvrons la problématique du manga en lui-même : [attention, spoiler !] la conséquence d'avoir sauvé la vie d'un enfant qui va se transformer en monstre sanguinaire. Le Dr Tenma est alors un personnage pivot, pour qui la quête de vérité va avoir un enjeu personnel. Tenma est un personnage riche, plein d'humanité, que je prends beaucoup de plaisir à observer.
Un autre personnage me captive : le commissaire Runge, du BKA (Bundeskriminalamt), qui réfléchit de façon synthétique et logique. On sent que Tenma et lui risquent fort de jouer au jeu du chat et de la souris...
Je pourrais parler des heures de cette génialissime série, mais voilà, les heures sont comptées (pas les miennes, rassurez-vous !), et je suis pressée d'arriver à la fin...!


Par Naoki Urasawa, chez Kana, collection Big Kana, 7 €.

mercredi 8 décembre 2010

Treize petites enveloppes bleues

"REGLE N°1 : Tu ne peux emporter que ce qui tiendra dans ton sac à dos."

Ginny a reçu treize lettres de sa tante Peg. Rien de très anormal en soi, si ce n'est que Peg est morte d'un cancer. Et que Ginny ne doit ouvrir ces lettres, numérotées de 1 à 13, que l'une après l'autre, après avoir rempli la mission définie dans la lettre précédente. Les missions consistent avant tout à effectuer un tour d'Europe et à marcher dans les pas de Peg, qui a elle même découvert ce continent au fil de ses envies et de son parcours professionnel et artistique. Ginny accepte de jouer le jeu. Parce qu'elle adorait tante Peg, mais aussi parce qu'elle lui a toujours donné l'impression d'être quelqu'un d'exceptionnel lorsqu'elle était à ses côtés. Ce que Ginny ne sait pas encore, c'est que cet incroyable voyage va lui proposer de nombreuses surprises, riches en émotion...


J'avais entendu parler de ce roman il y a un petit moment déjà, et j'ai enfin eu le temps de le lire. J'ai bien aimé, mais je dois dire que j'ai été un peu déçue. Je m'attendais à plus d'intensité dans les émotions, et je n'ai pas été emballée par Ginny, le personnage principal. J'ai bien aimé Richard, le contact de Ginny à Londres qui travaille chez Harrods, et Keith, le bel acteur, mais il m'a manqué quelque chose pour adorer ce roman original dans son principe. Par comparaison, je suis en train de lire Suite Scarlett, du même auteur, et ça n'a rien à voir : j'ai tout de suite été séduite par l'histoire, les personnages et l'humour, et je pense que mon avis sera bien meilleur sur cet autre roman ! Tant pis, la lecture était quand même bien agréable, et c'est un genre d'aventure que j'aurais bien aimé vivre !


@ lire : l'avis de FaelysLael et de Thalie, qui ont beaucoup aimé.


Par Maureen Johnson, chez Gallimard jeunesse, 13 €.

jeudi 2 décembre 2010

Passeuse de rêves

"Par le toucher, ils accumulent des éléments : des souvenirs, des couleurs, des paroles prononcées, des effluves et même des fragments de sons oubliés. [...] En combinant ces éléments avec soin, ils fabriquent des rêves."

Petite est l'apprentie de Tatillonne. Elle apprend à devenir passeuse de rêves. L'apprentissage est difficile, et surtout, Petite est dissipée et pleine de fantaisie...ce que Tatillonne ne supporte plus. Petite est pourtant pleine de bonne volonté, et son apprentissage est bientôt confié à Vieux et mince, que la spontanéité de Petite amuse beaucoup. Petite progresse, et apprend l'art délicat de fabriquer les rêves, et de les octroyer à leurs destinataires. Elle est affectée à la maison d'une vieille dame, qui vit seule avec son chien. Cet univers est bientôt bouleversé par l'arrivée dans le foyer d'un petit garçon, John, placé chez la vieille dame en attendant que l'assistante sociale accepte son retour chez sa mère. Petite a donc du pain sur la planche, afin de créer de beaux rêves, alors que le passé du petit garçon est rempli de mauvais souvenirs. La tâche se complique encore plus quand les Saboteurs, les créateurs de cauchemars, font des assauts remarqués dans les maisons du quartier...


Ce roman est aussi léger que sa thématique principale : les rêves. L'univers imaginé par l'auteur est très simple, si bien que le fantastique a l'air tout à fait normal et possible. Petite est une petite créature tout à fait attachante et pétillante, et sa mission est pleine de courage et de poésie. Le fait de récolter des souvenirs à partir du toucher d'objets est vraiment une belle idée, et aide à comprendre par des images très simples ce qu'a pu endurer le petit garçon et les mauvais traitements qu'il a pu subir. Le message, c'est que tous nos bons souvenirs sont précieux et inestimables, et qu'une odeur, une mélodie ou le pelage d'un chien peuvent faire naître des sensations de bien-être et de bonheur, comme par magie. J'ai passé un bon moment avec ce roman, plein de douceur et de tendresse.


@ lire : l'avis de BauchetteBouma et de Faelys.


Par Lois Lowry, chez L'école des loisirs, collection Médium, 10 €.